La pluie traversait le toit par endroits et tombait en fils droits sur le plancher.
Cael entra le premier. Il posait chaque pied à plat avant de lui donner son poids, et les planches pliaient sous lui sans céder. L'eau coulait de ses cheveux blancs sur un visage qui ne bougeait pas. Derrière lui, deux hommes de l'Église attendaient sur le seuil.
La pièce était vide. Une table renversée, des chaises cassées, un tas de meubles contre le mur du fond.
Et un mana.
Trop dense pour un grimoire vide. Il y avait déjà une écriture dedans.
Il tourna la tête vers le tas de meubles.
Le père sortit de l'ombre à sa gauche, les bras écartés, un pied devant l'autre, la mère derrière lui. L'homme ne dit rien. Il se plaça seulement entre Cael et le mur du fond.
Cael leva deux doigts.
L'air se refroidit d'un coup. Deux lances de glace se formèrent devant ses hommes, longues comme un bras, et partirent sans bruit. Le père tomba en arrière. La mère tomba sur lui.
Pendant un moment, il n'y eut plus que la pluie.
Puis un souffle, derrière les meubles.
Cael s'approcha. Il écarta une chaise du bout de la botte et s'accroupit, pour se mettre à la hauteur de ce qu'il y avait derrière.
Un garçon. Onze ou douze ans. Maigre, trempé, les genoux contre la poitrine. Des yeux jaunes. Cael n'en avait jamais vu de cette couleur.
Un dépossédé. Avec un grimoire.
— Donne-moi ton livre, dit Cael.
Il avait parlé bas, sans dureté, la voix qu'on prend pour un enfant qui a peur de l'orage.
Le garçon ne le regardait pas. Il regardait par-dessus son épaule, là où ses parents étaient tombés.
— Je sais pas comment on fait.
— Je vais te montrer.
Cael tendit la main.
Les lèvres du garçon bougeaient. Pas de son. Ses yeux ne quittaient pas les corps, et ses doigts s'étaient refermés sur le bois du plancher, les ongles enfoncés dedans.
Le mana changea.
Cael le sentit se contracter d'un coup, se ramasser sur lui-même. Le sol pencha sous ses pieds sans que rien ne bouge. Une nausée lui monta dans la gorge.
Le garçon n'était...n'était plus là.
Cael resta accroupi, la main tendue vers l'endroit vide.
Une écriture d'espace. Chez un enfant de dépossédés.
Derrière lui, personne n'osa bouger.
— Fouillez le quartier, dit-il en se relevant. Il ne peut pas être loin.
Il le croyait encore.
