Pik pivota lentement.
— Les murs quoi ?
— Ils bougent. Ils se déplacent. Derrière nous, sur la gauche, plus loin devant. Le couloir se réorganise.
Oris leva la torche, espérant y trouver une confirmation ou un démenti. Le tunnel devant eux semblait identique à ce qu’il avait été dix secondes plus tôt.
— Tu en es sûr ?
— Je le sens.
Personne ne discuta son sens. Personne ne discutait jamais son sens.
Pik ouvrit la bouche, la referma. Pour la première fois depuis qu’il était entré dans le tunnel, l’énergie qu’il avait portée jusqu’ici venait de s’éteindre d’un coup, remplacée par une tension qui faisait monter ses épaules d’un demi-pouce.
— On revient sur nos pas, dit Oris. Maintenant.
Ils firent demi-tour. Oris en tête cette fois, la torche brandie devant lui. Nox étendait son sens à chaque pas, vérifiant que le chemin qu’ils avaient parcouru existait toujours.
Trois minutes plus tard, ils s’arrêtèrent.
Devant eux, là où le couloir aurait dû continuer vers le gouffre, une paroi de roche fermait le passage. Lisse. Pas un joint, pas une fissure visible.
Pik posa la main dessus. Il appuya. Il poussa de l’épaule. La paroi ne bougea pas d’un millimètre.
— Putain !
Sa voix était plus haute qu’avant, sans qu’il s’en rende compte.
— Putain, putain, putain !
Nox sentit la colère monter avant qu’il l’ait décidé. Pas une colère contre les murs. Contre Pik. Contre lui-même surtout, pour avoir cédé à l’idée de cette descente.
— Je vous l’avais dit.
Sa voix tomba dans le couloir, plus dure qu’il ne l’aurait voulu. Pik se retourna.
— Nox, c’est pas le moment—
— Si, c’est exactement le moment. Je vous l’avais dit la dernière fois, je vous l’ai dit en haut, je vous l’ai dit avant qu’on descende. Vous avez voulu y aller. Maintenant on est coincés.
Pik leva les mains, son sourire essayant de revenir et n’y parvenant pas tout à fait.
— Eh, eh, du calme, mec. On va trouver. On trouve toujours, non ? C’est pas la première fois qu’on—
— Pik.
C’était Oris.
Sa voix était basse et nette. Nox tourna la tête vers lui. Oris ne souriait pas du tout. Il fixait un point du couloir devant lui, la torche à bout de bras, et sa mâchoire avait pris cette tension qu’elle prenait pendant les exercices, quand un coup arrivait qu’il ne pouvait pas parer.
— Ferme-la deux secondes.
Pik le regarda. Ouvrit la bouche. La referma. Il avait compris. Si Oris ne plaisantait pas, alors la situation ne se prêtait pas à la plaisanterie.
— On continue tout droit, dit Oris. Si on revient pas en arrière, alors on avance. On cherche une sortie.
Ils se remirent en marche. Plus vite qu’avant. Pas en courant, courir aurait été admettre une peur qu’ils n’admettaient pas encore. Mais le pas avait perdu sa décontraction. Pik ne parlait plus. Oris tenait la torche plus haut.
Nox étendait son sens en continu maintenant, et c’était cette continuité qui lui coûtait. Il sentait les murs autour, sept mètres à droite, cinq mètres à gauche, parfois plus, parfois moins. Et certains coulissaient. Pas tous. Certains. Trois mètres de roche qui se déplaçaient sans un son, fermant un couloir parallèle au leur. Une autre paroi qui s’effaçait pour en révéler une troisième derrière. Le réseau entier se reconfigurait autour d’eux à un rythme qu’il ne pouvait pas prédire.
Ils n’étaient pas dans un labyrinthe. Ils étaient dans une chose qui les regardait.
Ses doigts se serrèrent sur le manche de sa lance. Il tira un peu trop fort pour s’assurer qu’elle était bien à sa place, geste qu’il fit deux fois, puis trois, sans s’en rendre compte.
La torche d’Oris vacilla une seconde. Un courant d’air. Pik, devant, se retourna brièvement, et la flamme se redressa avant qu’il ait fini son mouvement. Mais pendant la fraction de seconde où elle avait failli s’éteindre, Nox avait senti tout son corps se contracter, ses épaules monter, sa nuque se raidir, sa respiration se couper. Il fixait la flamme maintenant. Il essaya de fixer autre chose. Il revint à la flamme.
Une bougie. Une seule bougie. Si elle s’éteint, on est dans le noir complet.
Sa main droite remonta à hauteur de sa poitrine. Il respira plus longuement, par le nez, parce qu’il avait lu une fois quelque part qu’expirer plus longtemps qu’on n’inspire calmait le corps. Il essaya. Ça marcha à moitié.
Pik le regardait.
— Tu vas bien ?
— Ouais.
— T’es sûr.
— Pik, ferme-la deux secondes, dit Nox, et sa voix sortit plus rauque qu’il ne l’aurait voulu.
Pik leva les paumes. Pas vexé. Juste prudent.
Ils marchèrent.
Cinq minutes. Dix. Le couloir ne montrait aucun signe de finir. Il continuait, droit, monotone, avec cette régularité qui n’était plus rassurante mais inquiétante. La main de Nox effleura le mur de droite en passant et il retira ses doigts aussitôt : la pierre était froide, plus froide qu’elle aurait dû l’être à cette profondeur.
Puis le bruit.
Deux coups. Sourds. Espacés d’une seconde. Un bâton qui frappait la roche, rien d’autre, un son simple qu’un enfant aurait pu reproduire avec n’importe quoi. Mais le bruit traversa le couloir comme une onde, la pierre le portant sur des mètres et des mètres, le déformant en chemin, et quand il atteignit Nox il avait pris cette résonance des sons qui ont voyagé trop loin pour être proches.
Tous les trois s’arrêtèrent.
Pik se tourna lentement. Sa torche n’était pas dans sa main, mais c’était son visage qui s’était éclairé d’un coup, dans le mauvais sens, pâle, les yeux trop grands, la mâchoire qui cherchait quoi faire.
— C’était quoi ça.
Personne ne répondit.
Et Nox sentit le mur de droite se mettre en mouvement.
Pas devant eux. À côté. La paroi entière, sur trois mètres de long, qui glissait latéralement vers eux. Sans bruit. Sans vibration audible. Une masse de roche qui se rapprochait avec la lenteur calculée d’un piège qui ne se presse pas parce qu’il sait qu’il a le temps.
— Le mur.
Il l’avait dit avant d’avoir formulé la pensée. Pik tourna la tête. Oris aussi.
À l’œil nu, on ne voyait rien. Le mur était là, droit, immobile en apparence. Mais quand Pik posa la torche dessus, il vit la marque, une trace de lumière qui glissait sur la roche, et qui n’était pas à la même place qu’une seconde plus tôt.
— Putain c’est vrai, dit Pik d’une voix blanche.
— De combien il avance, demanda Oris à Nox.
Nox étendit son sens. La paroi opposée ne bougeait pas. Mais celle de droite gagnait du terrain, vingt centimètres, peut-être trente, par minute. Le couloir mesurait deux mètres de large à présent. Dans dix minutes, peut-être moins, il n’en mesurerait plus aucun.
— On a dix minutes.
— Dix minutes ? lança Pik. Dix minutes avant quoi ?
— Avant que les deux murs se touchent.
— Avec nous au milieu ?!
Nox ne répondit pas. La réponse était dans la question.
Oris recula d’un pas. Il dégaina son épée droite, pas la gauche, la droite, celle qu’il maniait avec le plus de précision. Il leva la lame, hésita une seconde, puis envoya une décharge le long du tranchant. L’éclair traversa l’acier en une fraction de seconde et frappa le mur dans une gerbe brève d’étincelles.
Une marque de brûlure noire. Pas plus. La roche ne s’était pas fissurée.
Oris fixa la marque sans rien dire.
Pik sortit l’épée gauche d’Oris de son fourreau d’un geste maladroit, sans demander.
— Pik, qu’est-ce que tu—
Pik frappa le mur avec la lame.
Le son qui sortit n’était pas un son d’épée contre roche. C’était un son d’objet métallique qui se brisait. Pas tout de suite, la lame tint le premier coup, le deuxième, mais au troisième Nox vit nettement la pointe se courber, et au quatrième l’acier émit ce craquement court des choses qui cèdent.
— Pik !
Oris arracha l’épée des mains de Pik avant qu’il ait pu frapper une cinquième fois.
— Tu fais quoi là ?
— Je fais quoi ? Je fais quoi ?! Je fais que je veux pas mourir écrasé, Oris !
— En cassant Crépuscule ?!
— C’est qu’une épée !
— C’est mon épée…
Ils se regardèrent une seconde, à un demi-mètre l’un de l’autre, et pendant cette seconde la peur de Pik et l’orgueil d’Oris occupèrent le couloir tout entier. Puis Oris baissa les yeux sur la lame courbée, serra la mâchoire, et la rangea.
— On trouve autre chose.
Pik passa une main dans ses cheveux. Il était en train de tourner sur lui-même sans s’en rendre compte, regardant tour à tour les murs, le plafond, le sol.
Nox n’avait pas bougé.
Il fixait un point devant lui. Pas le mur qui avançait : un point dans le couloir, à un mètre de ses pieds, où la pierre formait une légère inclinaison. Son sens étendait au-delà des parois maintenant, à dix mètres, douze mètres dans toutes les directions. Il n’y avait pas de monstre dans cette portée. Pas de présence vivante autre qu’eux trois. Juste de la roche, des couloirs vides, le bruit du bâton qui revenait par à-coups depuis quelque part de plus loin.
Il pourrait passer à travers le mur.
Pas en le détruisant. En le contournant. En se téléportant de l’autre côté. Son sens lui permettait de visualiser l’espace au-delà, un autre couloir, parallèle, identique au leur, vide. Si seulement il pouvait viser un endroit qu’il n’avait pas vu.
Il n’avait jamais réussi sans contact visuel direct.
Mais il n’avait jamais essayé vraiment. Pas avec son œil du vide à ce niveau-là. Pas avec la précision qu’il avait acquise ces dernières semaines.
— Nox.
Oris s’était tourné vers lui. Il avait dû voir, dans son immobilité, que Nox ne paniquait pas, qu’il calculait.
— T’as une idée ?
Nox prit une seconde avant de répondre.
— Peut-être. Je sais pas.
— Quelle idée.
— Me téléporter de l’autre côté du mur.
Pik s’arrêta de tourner.
— Tu peux pas faire ça.
— J’ai jamais essayé sans regarder. Mais mon sens me rend l’espace de l’autre côté.
— Donc tu sais pas si ça marche.
— Non.
Pik le fixa une seconde, la bouche entrouverte. Puis il leva les bras et les laissa retomber.
— Bah essaie ! On a quoi, dix minutes avant de mourir écrasés ?
— Tu m’aides pas là, Pik.
— Je sais ! Je sais que je t’aide pas ! Mais essaie quand même !
Nox ferma les yeux.
Il évacua le visage de Pik. Évacua la voix d’Oris qui demandait une précision qu’il n’écouta pas. Évacua le mur qui avançait, son rythme irrégulier, le bruit du bâton dans la lointaine.
Il se concentra sur l’espace devant lui. Pas sur l’image qu’il aurait voulu y voir : sur sa composition. Le sol plat. La faible inclinaison qu’il sentait avec son sens. La texture de la terre séchée sur la pierre, la fraîcheur de l’air à cet endroit précis, la distance exacte entre le sol et le plafond. Pas une vision. Une présence dans l’espace, que son sens lui rendait avec une netteté qu’il n’avait pas appris à nommer.
Il activa son écriture.
L’espace céda.
Il réapparut un mètre plus loin.
Ses pieds touchèrent le sol incliné comme prévu. Sa respiration s’arrêta une demi-seconde. Puis il rouvrit les yeux et un rire lui échappa, court, sec, sans préparation.
— Wooo. Ahaha vous avez vu les gars ?
Il se retourna. Pik et Oris le regardaient, Pik la bouche grande ouverte, Oris les yeux plissés.
— Mais c’est quoi ça, dit Oris. T’as plus besoin d’un contact visuel ?
— Tant que je visualise l’endroit avec l’œil du vide, je crois pas. Derrière ce mur il y a un couloir. Je vais vous téléporter un par un.
Pik se précipita à son côté en deux pas.
— Merci les dieux. Commence par moi.
Oris souffla par le nez. Il dévisagea Pik avec une expression que Nox reconnut, celle qu’il prenait quand quelqu’un faisait passer son confort avant la stratégie. Mais il ne dit rien.
Nox posa la main sur l’épaule de Pik. Il ferma les yeux. Cette fois il visa l’autre côté du mur, l’espace au-delà de la paroi qui avançait, le couloir parallèle dont son sens lui rendait chaque détail. Il sentit Pik à côté de lui, sa main sur son épaule, sa respiration plus rapide qu’à l’ordinaire.
Il activa son écriture.
L’espace céda.
Ils réapparurent ensemble dans le couloir parallèle. Nox sentit ses pieds toucher le sol, vérifia son équilibre, et constata avec une surprise discrète qu’il était plus précis qu’avant : son sens lui avait rendu la position avec une exactitude que ses yeux n’auraient pas su atteindre.
Pik à côté de lui retomba sur ses points d’appui sans broncher. Il regarda autour, posa sa main sur le mur en face, se retourna comme pour vérifier qu’il existait toujours.
— Eh bah, dit-il, et il ne trouva rien d’autre à dire.
Nox le regarda une seconde. Pas un cri, pas un haut-le-cœur. Pik venait de se faire téléporter pour la première fois de sa vie et il avait l’air de quelqu’un qu’on aurait fait passer d’une pièce à l’autre. Cette neutralité, sur Pik, avait une qualité insultante.
— Ne bouge pas. Je reviens avec Oris.
Il activa son écriture de retour. Réapparut à côté d’Oris, dont la torche éclairait maintenant un couloir qui mesurait moins d’un mètre cinquante. Le mur avançait toujours. Il ne fallait pas traîner.
Oris le saisit par le bras sans préambule.
Nox le téléporta.
Quand il rouvrit les yeux dans le couloir parallèle, Oris s’écrasait à plat ventre sur le sol, la torche heurtant la pierre dans une gerbe d’étincelles, sa respiration courte et saccadée. Pik se précipita pour ramasser la torche avant qu’elle s’éteigne.
— T’aurais pu me prévenir, putain, lança Oris depuis le sol, la voix étranglée. Plus jamais. J’ai cru que mon corps allait se déchirer.
Il porta une main à son ventre, plié en deux à présent, la bouche ouverte, prêt à vomir. Rien ne sortit.
Pik leva la torche au-dessus de lui avec une expression de sollicitude qui ne trompait personne.
— Ahah. C’est donc ça, un Chapitre 2.
Oris lui jeta un regard qui aurait tué n’importe quoi de moins solide que Pik.
Quand Oris se redressa enfin, il essuya sa bouche du dos de la main et fixa le couloir devant eux.
— Le bruit qu’on a entendu venait de cette direction. Il faut qu’on l’atteigne le plus vite possible avant qu’on se fasse re-bloquer. Les murs ont commencé à bouger quand on a entendu le coup. Ça doit venir de la créature.
— Si c’est une créature hérétique ou pire on fait comment ? Demanda Nox.
Oris le regarda.
— On la tue. Ne te sous-estime pas, Nox. Ne me sous-estime pas non plus. À nous deux on peut venir à bout d’une hérétique. Si c’est au-dessus, on s’enfuit le plus loin possible et on prie.
Pik leva la main.
— Eh oh, vous m’avez oublié dans l’équation. Je sais bien me battre au corps à corps, je vous signale.
Oris leva les yeux au ciel. Nox ignora.
— Tu peux te téléporter et nous emmener avec toi combien de fois, tu penses ?
Nox fit le calcul. Trois téléportations groupées venaient déjà de lui coûter une portion de son mana qu’il n’aurait pas su nommer précisément. Il sentait la fatigue au fond de sa poitrine, une pression discrète qui n’était pas de la douleur mais qui n’en était pas loin.
— Avant que mon mana s’épuise, je peux répéter ça entre cinq et dix fois. Pas plus.
— Espérons pouvoir vaincre la créature avant, alors.
Ils se mirent à courir.
Le couloir filait droit pendant une centaine de mètres avant de bifurquer. Chaque fois que les coups de bâton retentissaient, toujours deux, toujours espacés d’une seconde, Nox sentait le réseau autour d’eux se reconfigurer. Un mur qui se rapprochait à dix mètres. Un autre qui s’effaçait pour révéler un nouveau couloir ailleurs. Une cloison qui se créait à partir de rien, sans bruit.
Il ne savait pas combien de temps il pourrait suivre tout ça.
Au bout de cinq minutes, ils se retrouvèrent face à un autre mur. Nox ne s’arrêta pas. Il toucha Pik d’une main, Oris de l’autre, ferma les yeux, et les téléporta tous les trois de l’autre côté en un seul geste.
Quand il rouvrit les yeux, Oris ne tomba pas cette fois. Il vacilla, retrouva son équilibre, mais il avait pâli.
Pik posa la torche au sol pour s’accroupir et reprendre son souffle.
Nox sentait son mana descendre plus vite qu’il ne l’avait prévu, et la fatigue dans sa nuque commençait à s’accumuler. Mais le dire à voix haute aurait aggravé la situation. Pik paniquerait. Oris commencerait à calculer des plans de retraite qui n’existaient pas.
Il garda l’information pour lui.
Ils repartirent.
Dix minutes, peut-être plus. Le bruit se rapprochait par paliers, parfois plus fort, parfois moins, jamais régulier. Nox étendait son sens à chaque coup, cartographiant les changements, et il commençait à voir un schéma, la créature avançait vers eux, ou plutôt, elle déplaçait les murs pour les rapprocher d’elle. Le couloir qu’ils suivaient n’était pas leur choix. Il était son choix.
Ils ne fuyaient pas. Ils étaient guidés.
Cette idée s’installa en lui sans qu’il puisse la repousser. Il continua de courir.
Puis son sens se cogna contre une masse.
À dix mètres sur leur droite, derrière une paroi qu’ils n’avaient pas encore traversée. Une masse. Pas une masse de roche, une masse vivante. Un corps. Humanoïde, à la louche, mais pas tout à fait. La forme était fausse, trop haute, trop courbée.
Nox s’arrêta net. Pik faillit lui rentrer dedans.
Sa voix sortit basse, sans souffle.
— Il est là.
— Où, dit Oris.
— Dix mètres. Sur la droite.
Il ferma les yeux pour mieux sentir. La forme se précisa. Trois mètres de haut, peut-être plus. Le corps voûté, les épaules ramenées vers l’avant pour ne pas heurter le plafond. La tête raclant la roche au-dessus à chaque pas. Un membre supérieur tendu vers le bas, tenant un objet long, droit, qui frappait le sol à intervalles. Le bâton.
Il ne distingua pas la chair sur les os. Il ne sut pas pourquoi. Son sens lui rendait habituellement les volumes pleins, les masses vivantes avec leur densité. Là, il avait l’impression de sentir une présence qui n’avait pas de chair du tout.
Le bâton se leva. Il le sentit avant l’entendre. Il le frappa contre le sol.
Le mur derrière eux se rapprocha de cinquante centimètres d’un coup.
— Téléporte-nous à lui, dit Oris.
Il avait déjà sorti ses deux lames. La gauche, courbée par les coups de Pik, restait utilisable mais elle ne couperait plus rien. La droite, intacte, captait la lumière de la torche en éclats nets.
Nox toucha d’abord Oris pour y appliquer sa marque puis ferma les yeux.
Il visa l’espace à trois mètres de la créature, dans le couloir parallèle, dans le dos de la chose qui les avait guidés depuis le début. Son sens lui rendit la composition de l’endroit, pierre sèche, plafond bas.
Il activa son écriture.
L’espace céda.
