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Chapter 13 - Le rire d'Althar

Il n'y eut ni élan ni mouvement visible. Il n'était plus sur le talus, et l'instant d'après il était sur eux, déjà en train de frapper.

Sa lance décrivit un arc large, visant la tête du cavalier, mais il était trop bas. La pointe s'enfonça dans le ventre du cheval.

Le cri de l'animal éclata, déchirant, et son corps se déroba sous l'homme. Le cavalier bascula avec la chute, projeté au sol dans un mouvement qu'il ne contrôlait plus.

Merde.

Il n'eut pas le temps d'y penser. Il disparut de nouveau et reparut derrière Althar, le souffle court, le cœur en avance sur lui.

Althar tourna la tête. Son regard tomba sur Nox.

Et il rit.

Un rire plein, qui n'allait avec rien. Pas avec le combat, pas avec le sang sur la terre, pas avec l'homme qu'il était d'ordinaire.

— Que le vide nous accepte, même sans nous voir. Il rejeta la tête en arrière. Tu es donc l'élu, petit…

Nox ne comprit pas. Déjà le rire retombait, déjà le visage d'Althar se refermait, rendu au combat.

Le sol vibra, puis se brisa. Des pointes de pierre jaillirent sous les deux autres chevaux et les transpercèrent de bas en haut, projetant le sang et le sable. Les cavaliers avaient sauté avant l'impact. Ils retombèrent sur leurs pieds, déjà en mouvement.

L'un leva la main. Une boule de feu se forma et partit droit sur Althar. L'autre se jeta en avant, deux dagues en main, le corps bas, rapide.

Derrière eux, celui que Nox avait fait chuter s'était relevé. Il ne chercha ni ses alliés ni son cheval. Son regard trouva Nox, et il se mit à courir.

Nox raffermit sa prise sur la lance. Ses paumes étaient trempées. Dans son dos, Althar était seul contre deux.

Le visage de sa mère passa devant ses yeux. Il serra les dents.

L'homme tendit la main en courant et le feu jaillit, une vague droit sur lui. Nox disparut. Il reparut dans son dos, la pointe déjà lancée vers la gorge.

— Tu ne m'auras pas une seconde fois.

L'homme pivota. Son épée intercepta la lance à un doigt de sa peau, et dans la même seconde les flammes coulèrent le long de sa lame jusqu'à la garde. L'air trembla autour du métal.

Il frappa. Nox para, et la chaleur lui remonta dans les bras jusqu'aux coudes. Deuxième coup, plus bas, et Nox recula d'un pas. Le troisième lui roussit la manche. L'homme avançait, frappait, avançait. Nox reculait.

Il se téléporta un mètre sur la gauche et frappa bas. L'homme suivit, trop vite, dévia la lance du plat de l'épée et riposta dans le même geste. La lame passa si près que Nox sentit ses cils chauffer.

Son mana baissait. Chaque disparition lui en arrachait un morceau. Il se téléporta en arrière pour souffler.

L'homme ne lui en laissa pas le temps. Sa main se tendit et un torrent de flammes se déversa vers lui, plus large que le premier, trop large pour l'esquiver à pied.

Nox lança son arme de toutes ses forces.

— Aha… ridicule.

D'un mouvement de tête, l'homme esquiva. Ses yeux suivirent la lance qui passait à côté de lui.

Une erreur. Maintenant !

Nox disparut et reparut dans son dos. Sa main se referma sur le manche encore en vol, et sans ralentir, il accompagna la trajectoire.

La lame passa. Le corps resta une fraction de seconde immobile.

Puis la tête se détacha.

Nox ne bougea plus. Ses mains tremblaient. Puis il baissa les yeux.

Du sang. Partout.

Sur ses doigts, ses bras, sa chemise, au point qu'il ne distinguait plus la couleur du tissu. Ça collait à sa peau. Il déglutit.

Il venait de tuer un homme.

Pas une créature, un homme.

Il regarda ses mains. C'était son geste. Sa lame. Son choix.

Il releva la tête.

La terre autour d'Althar était éventrée, hérissée de pointes de pierre, certaines brisées, d'autres toujours dressées. Au milieu, Althar et l'homme aux dagues se battaient au contact, si près qu'aucun des deux ne pouvait reculer. Le bras gauche d'Althar était brûlé jusqu'à l'épaule. Son flanc droit saignait. Ses gestes avaient ralenti.

Il ne va pas tenir longtemps…

En face, l'homme aux dagues n'allait pas mieux. Son visage portait la trace du marteau, la mâchoire de travers, du sang jusqu'au col. Il tanguait d'avant en arrière, à petits pas saccadés. Ses doigts ne lâchaient pas les poignées.

Plus loin, le troisième homme ne bougeait pas. Celui de la boule de feu. Aucune blessure, aucune fatigue. Il avait décroché un arc de son dos et attendait, une flèche encochée, le regard passant d'Althar à Nox. Le feu monta le long de la pointe et s'y accrocha.

La flèche ne visait pas Nox.

Althar ne la verrait pas venir. Pas avec un homme collé à lui.

Nox s'élança vers l'archer. L'homme le regarda une fraction de seconde, juste assez pour le mesurer, puis ses yeux revinrent sur Althar.

Deux formes de feu se détachèrent devant lui. Elles prirent des contours d'oiseaux, instables, battirent des ailes le temps d'une respiration et fondirent sur Nox.

La corde claqua.

La flèche se ficha dans la cuisse d'Althar. Sa jambe céda. Il resta une fraction de seconde de trop sans bouger, et une dague entra dans son torse.

Nox ne regarda pas plus longtemps. Il disparut, reparut plus loin. Les oiseaux traversèrent l'endroit qu'il venait de quitter. Il disparut encore. Plus que quelques mètres. L'archer avait déjà une autre flèche sur la corde. Toujours calme.

Une seule tentative. Nox rassembla ce qui lui restait de mana…

Une détonation éclata dans son dos.

Il fut projeté en avant et heurta la terre sèche. Le choc lui vida les poumons.

Il avait esquivé. Il en était sûr.

La douleur arriva après. Elle monta le long de son dos et le cloua au sol. Sa main glissa derrière lui, chercha. Quand ses doigts touchèrent sa peau, un cri lui échappa. La chair était à vif, de la nuque aux reins.

Il serra le poing et ne trouva que du vide. La lance était partie avec l'explosion.

Il disparut.

Il reparut au-dessus de l'archer et s'écrasa sur lui de tout son poids. Ils roulèrent dans la terre. Nox trouva la gorge avant que l'homme retrouve son arc. Son bras se referma dessus. Il colla son torse contre le dos de l'homme et tira en arrière de toutes ses forces, les talons plantés dans la terre fissurée.

L'archer agrippa son avant-bras, griffa, se débattit, chercha à pivoter. Chaque secousse lui coûtait plus d'air qu'elle ne lui en rendait. Nox serra. Son dos hurlait au moindre mouvement. Il serra plus fort.

Les doigts de l'homme glissèrent sur son bras. Son souffle devint court, sifflant.

C'est là que Nox le vit. Juste au-dessus de son épaule, un oiseau de feu se formait.

Il va nous faire sauter tous les deux…

L'oiseau fondit sur lui.

S'il lâchait maintenant, l'archer respirait. S'il partait trop tard, il ne partait plus.

Nox ferma les yeux.

La chaleur toucha ses cheveux.

Il disparut.

L'explosion le rattrapa quand même, un souffle brûlant en plein visage, et il tomba à genoux trois mètres plus loin.

Là où il était une seconde plus tôt, l'archer ne bougeait plus. Le feu lui avait pris la nuque et la moitié du crâne.

Nox resta à genoux. Ses jambes tremblaient, son visage brûlait, chaque inspiration tirait sur son dos. Mais il respirait.

Il releva la tête.

Althar tenait encore debout. La flèche dépassait de sa cuisse, sa chemise était noire de sang du flanc à la ceinture. Ses yeux n'avaient pas quitté son adversaire.

Nox voulut se lever. Son dos le cloua sur place. Il ne restait plus rien dans son grimoire. Il resta là, à genoux, à regarder.

L'homme aux dagues attaqua le premier. Une lame vers la gorge, l'autre sous la garde. Althar dévia la première du manche de son marteau, un geste court. La seconde lui ouvrit la peau des côtes. Il ne recula pas.

Son marteau partit sans élan et frappa l'épaule. L'homme pivota sous le choc, la garde ouverte.

Althar avança d'un pas. Le deuxième coup plia l'homme en deux. Les dagues tombèrent. Les jambes suivirent.

Althar leva le marteau une dernière fois et l'abattit. Le sol trembla. Le corps s'enfonça dans la terre, et au milieu du torse il n'y avait plus ni tissu ni chair, seulement un trou là où avait été l'estomac.

Plus rien ne bougea sur la route.

Althar resta debout une seconde, peut-être deux. Ses épaules descendirent. Le marteau glissa de sa main, et il tomba à genoux avant de s'effondrer dans la terre sèche, sans même tendre les bras.

Nox fit un pas vers lui, puis s'arrêta.

Il attendit que la peur vienne. Celle qui serre la gorge et coupe les jambes.

Elle ne vint pas.

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