Nox ne perdit pas une seconde.
Ils ne pouvaient pas se battre ici. Pas devant la plante. Lioren devait rester immobile et ne pas lâcher la plante du regard, et Nox et Isaure avaient besoin de lui.
Il regarda le sol derrière le bourgeon, à quinze mètres de la tige, entre deux pieds blancs.
Il tira la marque.
Lioren disparut de sa droite.
Le bas cessa de nouveau d'être le bas.
Ils furent aspirés vers la gueule de la plante. Ses talons quittèrent les fleurs. Isaure partit vers le trou en hurlant. Les bords plissés s'ouvrirent.
Et la créature, à trente pas, fut emportée aussi.
Elle n'avait pas vu venir la plante. Elle n'avait pas vu venir quoi que ce soit. Elle glissa dans les fleurs sur les phalanges d'une main, chercha une prise, en trouva une, l'arracha, et les têtes de son collier se soulevèrent toutes ensemble vers la gueule.
Nox se téléporta sur Isaure.
L'arrivée lui vida les poumons en plein vol. Il attrapa sa main, la marque partit, tiède, et il ne la lâcha pas tout de suite parce qu'elle serrait trop fort.
Puis il regarda Lioren et il y fut.
Il tomba à genoux dans les fleurs intactes, à quinze mètres derrière la plante, et tira.
Isaure arriva à un pas de lui, à quatre pattes, la joue ouverte sur deux doigts.
— Avec un peu de chance, dit Nox, le panda s'en sortira pas.
Il cracha. Sa vision avait des bords blancs.
— J'ai cramé un quart de ma réserve rien qu'avec ça.
Le rayon lumineux traversa la plante.
Il entra par le fond de la gueule et ressortit par le dos du bourgeon, et pendant un quart de seconde il y eut un deuxième trou dans la chair, de la largeur d'un torse.
Le trou de la plante se referma mais le rayon était déjà là.
Il reprit sa forme à un centimètre du visage de Nox.
L'anneau chauffa.
La lance sortit et il la leva des deux tiers, hampe en travers, l'épaule engagée dessous.
La patte tomba de plein fouet.
Il n'y eut pas de résistance. La hampe noire se rompit comme une brindille et le reste du coup lui entra dans le plexus.
Il vola sur cinq mètres. Il cracha du sang avant de toucher le sol, un jet court, et il vit sa propre main gauche qui n'existait pas essayer d'amortir.
Dans l'air, il chercha un point.
La bête s'élançait déjà sur Lioren.
Nox se téléporta au-dessus d'elle, la dague au poing, et laissa son poids faire le travail.
La créature ne changea pas de cible. Elle continua son mouvement vers Lioren, le poing lancé, et ce fut autre chose qui s’interposa.
Une paume faite de lumière.
Elle apparut entre Nox et le dos de la bête, ouverte, tendue, faite de lumière, large de trois hommes. La dague s'arrêta net.
Nox prit appui dessus du pied et se projeta en arrière.
Il atterrit mal, glissa sur un genou, et resta là, la tête basse, à respirer par petites prises.
Il cracha encore du sang.
Isaure était sur lui.
— Aube, tu tiens le coup ?
— Non.
Il chercha l'air.
— Elle a une écriture passive de force. Son coup... son coup c'est pas normal.
Isaure lui plaqua la main sur le plexus sans demander.
Sa paume chauffa. Des flammes blanches lui montèrent entre les doigts et entrèrent.
— Aïe.
Il se cambra.
— Putain, ça fait un mal de chien.
Deux secondes. Elle retira la main.
Il n'y avait plus rien. Pas une gêne, pas un point, pas un souvenir du coup dans les côtes. Il respira à fond et l'air descendit jusqu'en bas.
— Merci, Isaure.
Elle était déjà partie.
Nox leva la tête.
Lioren tenait.
Il ne tenait pas comme on tient une position : il tournait. Il était pieds nus dans les fleurs éteintes et il tournait autour du panda, il passait sous les bras trop longs, il laissait les coups arriver à un cheveu de sa tempe et il ne reculait pas d'un pas de plus que nécessaire. Et quand il frappait, ça touchait. Le poing entrait dans le flanc, dans la hanche, dans l'avant-bras, et la créature grognait.
Incroyable.
— Isaure ! Lioren !
Nox se releva.
— C'est un Chapitre 3 ! On a vu deux écritures sur trois, faites attention !
Il les comptait en même temps qu'il criait. Le rayon. La paume. Il en restait une et il n'y avait aucune raison qu'elle soit inoffensive.
Le poing de Lioren rentra dans l'avant-bras de la bête.
Et la bête s'alluma et brilla de mille feux.
Nox ferma les yeux.
Et même à travers les paupières le blanc entra et aveugla Nox.
Alors il s’appuya sur son passif.
Il vit une paume de lumière se former au-dessus de Lioren, énorme, et descendre, et Lioren cesser d'être debout. Il vit le volume du corps s'écraser dans les fleurs et ne plus bouger.
Il vit la masse de la bête se contracter sur elle-même,se changeant en un rayon.
Elle partit sur Isaure.
Nox ne perdit pas un instant.
Toujours les yeux fermés, il se téléporta juste devant Isaure. Il sentit la bête se matérialiser, le bras se lever au-dessus de lui, le poing en bout de course, et la tête d'Isaure dessous.
Il posa sa paume sur le poil.
Il visualisa avec son sens, le plus loin qu'il pouvait.
La masse disparut de sous sa main.
Et la lumière s'éteignit.
Ça doit lui coûter cher en mana.
Il ouvrit les yeux.
Le monde revint par plaques, avec de grandes taches vertes. À quinze mètres, le monstre se remettait debout dans un pied de champignon défoncé.
— Va soigner Lioren. Vite.
Isaure ne discuta pas.
Nox chercha le corps avec son passif avant de le chercher avec ses yeux. Il le trouva. Le buste faisait de tout petits mouvements.
Il est vivant.
Nox parla plus fort qu'il n'avait jamais parlé.
— Lioren ! Annule son écriture de déplacement ! Je compte sur toi !
Dans les fleurs noires, à vingt pas, Lioren ouvrit les yeux. Il avait du sang plein la bouche et le menton et il ne pouvait pas lever la tête, alors il ne la leva pas. Il tourna juste le regard.
Ses yeux gris pâle s'arrêtèrent sur la bête.
La bête comprit tout de suite.
Elle rugit. Puis elle se laissa retomber sur ses phalanges et elle chargea.
À quatre pattes, comme une bête.
Nox attendit.
Trois mètres. Deux.
Il se téléporta dans son dos et lui ouvrit l'échine d'un revers de dague. La lame entra, tint, dérapa sur un os, et ressortit. Le sang sortit derrière. Le panda grogna.
Au-dessus de lui, il sentit du mana.
Nox ne leva pas la tête mais il savait que la paume était déjà à mi-course et large comme un toit.
Il se téléporta devant le visage de la créature, en l'air.
Il arma la jambe et frappa de toutes ses forces en pleine mâchoire.
La tête bougea d'un doigt.
Une patte monta vers sa cheville. Nox partit en arrière avant que les doigts se referment et atterrit à huit pas, une main dans les fleurs, un genou au sol.
Il souffla.
Sa réserve était à la moitié. Il la sentait descendre à chaque téléportation.
Nox comprit que les coups physiques ne servaient à rien enfin sauf ceux de Lioren.
Il regarda sa dague. Puis le dos de la bête, où le sang coulait vraiment.
Il faut la couper.
La chose se remit en marche. Elle prit de la vitesse sur quatre appuis, les épaules roulant l'une après l'autre.
Puis elle s'enflamma, brisant sa course.
Hein ?
Nox tourna la tête.
Isaure était debout à trente pas. Elle avait formé un cercle avec le pouce et l'index et elle le tenait devant son œil, regardant la bête à travers.
Voilà donc son écriture offensive.
Quelle écriture monstrueuse.
La chose se tordit. Elle frappa le sol des deux poings, une fois, deux fois, et chaque coup creusa un trou dans lequel un homme aurait tenu assis. Les fleurs s'éteignirent sur vingt pas.
Puis sa gorge se mit à blanchir.
— Je m'en occupe.
Lioren arrivait en courant, debout, la tunique noire de sang séché, le visage lavé par les mains d'Isaure.
La lueur n'eut pas le temps de monter. Elle s'arrêta dans la gorge et redescendit.
Et la bête disparut.
Nox comprit en une demi-seconde et une demi-seconde ne suffisait pas.
Lioren ne pouvait bloquer qu’une écriture et le panda en avait profité pour réutiliser son écriture de déplacement.
Le rayon fendit la forêt vers Isaure.
— Isaure !
Elle lâcha son cercle et se jeta sur le côté, roula, se retrouva à plat ventre.
Le rayon ne tourna pas.
Il passa à l'endroit où elle avait été, continua sur dix mètres, et la bête se rematérialisa dans les fleurs, à quatre pattes, éteinte, plus une flamme sur elle.
Nox se releva d'un bond.
— J'ai compris !
Il criait déjà.
— Elle va qu'en ligne droite ! Lioren, continue de bloquer l’écriture qui aveugle, on peut anticiper le reste !
Isaure se remit debout et courut sur la gauche pour sortir de l'axe.
Une paume apparut devant elle.
Elle la prit en pleine poitrine, à pleine course. Le choc la renvoya en arrière et elle tomba sur le dos dans les fleurs, sans un son.
La bête était déjà partie.
Le trait blanc fendit l'espace entre les troncs, droit sur elle.
Lioren était à trois pas.
Il sauta dans l'axe, le pied en avant, et le rayon le percuta.
Il y eut un bruit sec, comme du bois qu'on casse. La chose se rematérialisa en pleine trajectoire, prise dans son propre élan, et le coup de pied l'envoya rouler à plusieurs mètres.
Nox ne lui laissa rien.
Il y fut avant qu'elle ait fini de rouler, dessous, la dague tenue à l'envers, et il planta dans la gorge de toute la force de son bras droit.
Oui.
Le sang sortit par-dessus sa main, chaud, et continua de sortir.
La patte arriva en même temps.
Elle le prit de plein fouet dans le corps et il n'y eut plus de haut ni de bas, seulement du bruit, très loin, et une lumière jaune qui tournait.
Tout devint flou.
Mais le passif tenait encore.
Et le passif lui rendait une masse debout dans les fleurs, à quatre pas, avec dix têtes qui cognaient les unes contre les autres.
C'est une blague.
Ça l'a pas tuée ?
