Enna fut la première à retrouver sa voix.
Elle lâcha le berceau de bronze auquel le décollage l'avait accrochée, remonta deux marches de la terrasse et chercha le rouge sombre dans la foule.
— Aldric. Tu as une idée, pour l'intrus ?
Aldric se tenait au bord de la terrasse, les mains derrière le dos, les yeux sur les nuages qui défilaient à hauteur de pont. Il prit son temps pour se retourner.
— Aucune, dit-il. Faites comme bon vous semble.
Nox, adossé au grand mât, sentit ses sourcils bouger avant de les rattraper. Une heure plus tôt, ce garçon avait pris le pont comme on prend une ville, réclamé l'appel, distribué les rôles, cueilli les rires. Et il rendait le commandement d'un mot, sans un regard pour la fille qui le lui tendait.
Puis un coin de sa bouche remonta.
On ne lâche pas une armée qu'on vient de lever. Sauf si l'armée est devenue un poids. Aldric a dû trouver de son côté comment trouver l'intrus, ainsi plus besoin de coopérer, et moins de personnes arrivent à trouver l'intrus, moins de concurrence il y aura pour l'examen de l'Archivum.
Ce calcul était le même pour tous. Les visages le confirmaient. Une poignée discutait encore fort autour de la terrasse, sourcils noués, mains ouvertes. Les autres avaient déjà commencé à regarder ailleurs, par petits angles.
Le grand blond de Voltara monta les marches à son tour et frappa deux fois dans ses mains.
— Puisque personne ne propose mieux, voilà ce que je propose. On fouille ce navire compartiment par compartiment, de la proue à la poupe. Pas à deux cents, l'intrus pourrait juste se glisser dans la masse. Vingt groupes de dix. Dix visages, ça s'apprend en une minute. Un onzième homme dans un groupe de dix se fait remarquer.
— C'est vrai, ça.
— Faisons comme ça.
Les voix montèrent, quelques mains se levèrent, et les premiers groupes se nouèrent au pied de la terrasse. Un. Deux. Trois.
Le quatrième ne se forma jamais.
Les volontaires se raréfièrent, puis se turent, puis les rangs du fond commencèrent à fondre, un candidat après l'autre, vers les bastingages, vers les terrasses basses, vers n'importe où qui ne fût pas la file des groupes. Le blond tourna sur lui-même, les bras écartés.
— Ne partez pas ! Si chacun cherche dans son coin, personne ne va trouver et personne ne passera ! Ceux qui restent, formez les groupes ! Aldric, aide-moi.
— Désolé, dit Aldric. Je suis fatigué. Je vais me reposer un peu.
Il descendit les marches sans hâte, traversa le pont jusqu'au bordé, s'allongea dos au bois, et ferma les yeux.
Les protestations éclatèrent, roulèrent sur trois terrasses, et moururent d'elles-mêmes : pendant qu'on criait, cinquante candidats imitaient déjà le dormeur. On s'asseyait par deux, par trois, par affinités de couleurs et de royaumes. Le collectif de deux cents personnes avait vécu deux heures. Il laissait derrière lui trois groupes de dix, un blond furieux, et cent soixante-dix solitudes qui se surveillaient du coin de l'œil.
Nox attendit que le désordre soit complet.
Puis il longea le grand mât côté ombre, vérifia les angles une dernière fois, et disparut.
La hune le reçut dans un claquement de toile.
Une plateforme de la largeur d'une table, ceinte d'une lisse basse, à mi-hauteur du mât le plus proche de la terrasse centrale. Personne ne levait jamais les yeux plus haut que les voiles. Il s'assit dos à l'espar, la manche vide plaquée par le vent, et le centre du navire se déploya sous lui : le bureau, le registre au bout de sa chaîne, et la pierre pâle dans son berceau de bronze, à douze mètres sous ses savates.
Parfait.
De là, il verrait chaque main qui se poserait sur la pierre. Chaque goutte de mana versée, chaque ration tirée, chaque visage. Et surtout, il verrait celui qui viendrait boire sans verser son mana, ou qui justement, le verserait pour quelqu’un d’autre.
Il cala sa faim contre l'espar et attendit.
Les créatures arrivèrent avec le premier nuage traversé.
Elles étaient trois sortes, et Nox mit une heure à les séparer les unes des autres.
Les premières nageaient dans le sillage du navire. De longs rubans transparents, trois mètres de la tête à la queue, plats comme des lanières de cuir mouillé, sans une aile ni une nageoire. Elles ondulaient et cela suffisait à les tenir en l'air. Il y en eut d'abord une, puis dix, puis plusieurs centaines, un banc entier collé derrière la poupe, gueules ouvertes vers l'arrière. Elles avalaient l'air que le navire laissait derrière lui.
Les deuxièmes ne bougeaient pas. Elles flottaient très haut, immobiles, une vingtaine réparties dans le ciel : de grosses ombrelles de chair violette, larges comme des tables rondes, gonflées par-dessus et creuses par-dessous, avec de longs fils roses qui pendaient sous elles sur dix mètres. Les fils brillaient au peu de soleil qu’il restait. Les rubans transparents faisaient de grands détours pour ne pas les toucher.
Les troisièmes chassaient. Grises, trapues, de la taille d'un chien, deux ailes de cuir épais et un poitrail massif. Elles passaient par bandes de cinq ou six, plongeaient dans le banc de rubans, en arrachaient un, et remontaient le manger en vol. Une bête terne, sans un reflet, laide.
Sur le pont, les candidats s'étaient massés aux bastingages et se disputaient les noms. Nox écouta les paris monter, et n'en retint qu'une certitude : il ne savait rien. On ne lui avait jamais appris le ciel. Les bêtes de son village avaient des sabots.
Puis une ombre passa.
Elle traversa le pont d'un bord à l'autre, large comme un champ, et elle avançait contre le vent. Le banc de rubans se disloqua d'un coup, comme un carreau qu'on crève. Les bêtes grises piquèrent sous la coque. Même les ombrelles violettes se mirent à dériver.
Loin sur bâbord, à des centaines de mètres, une échine grise fendait le ciel. Longue comme le navire, portée par six voiles d'os translucide qui battaient une fois, puis restaient étales dix secondes, puis battaient encore. Elle ne tourna pas la tête. Elle suivait sa route, et sa route croisait la leur sans la couper.
— Un Damné, souffla une voix au bastingage. Regardez. Un monstre Damné.
Le mot courut le long du bordé, et le pont entier se tut pour la regarder passer, deux cents nuques tournées du même côté, jusqu'à ce que l'échine et ses voiles fondent dans le bleu.
Damné… Un rang au-dessus de ce que j'ai déjà combattu…
Le pont mit du temps à se remettre à respirer.
En dessous de lui, Nox suivit des yeux le blond de Voltara qui rassemblait ses fidèles : Enna, les trois groupes survivants, une trentaine en tout. La colonne s'enfonça par l'escalier de la terrasse basse, reparut plus loin le long d'une rambarde, s'arrêta, repartit. Le blond parlait en marchant, le doigt pointé vers des portes que Nox ne voyait pas. Enna fermait la marche et se retournait souvent. Le vent mangeait tout : des bouches qui remuent, des bras qui désignent, pas un mot qui monte jusqu'à la hune. Ils cherchaient. Ils cherchaient pour de bon, avec de la méthode, et Nox ne saurait pas laquelle.
Puis quelqu'un monta vers le bureau.
Un garçon de Voltara, seul, la démarche de celui qui a hésité un moment avant de se décider. Il fit le tour du pupitre, s'arrêta devant le berceau de bronze, et regarda autour de lui pour vérifier qu'on le regardait.
Puis il posa la paume à plat sur la pierre pâle.
Depuis la hune, Nox vit tout. Le mana quitta la main du garçon et entra dans la roche, une poussée courte, à peine plus qu'une pichenette. Les veines blanches de la pierre s'allumèrent une à une, du point de contact vers le sommet, et de la face inférieure un flux d'eau tomba dans la vasque, clair, sans un bruit, trois ou quatre secondes.
Le garçon but au creux de sa main. Deux fois. Puis il essuya sa bouche du revers du poignet.
Nox pouvait dès à présent oublier cet homme. Il n'avait qu'à mémoriser ceux qui devraient compter sur quelqu'un d'autre pour activer la Larme. Ensuite il n'avait qu'à éliminer ceux qui avaient une présence de mana, et la liste des suspects devrait devenir assez faible.
La faim arriva sur le pont.
Cela commença par deux garçons de Voltara, à la proue. Le premier tendit le bras : un arc blanc claqua, sec, et un ruban transparent se cabra en plein vol, raidi, fumant. Le second leva les deux mains, et une gifle de vent rabattit la bête par-dessus la lisse, sur les planches, où elle se tordit jusqu'au coup de talon.
Des cris saluèrent la prise. En dix minutes, le bordé s'était changé en ligne de chasse. Des binômes, des trios, jamais des solitaires, et Nox comprit pourquoi en voyant un maladroit foudroyer un ruban trop loin du bord : la bête morte tomba, droit, et le ciel la garda. Ce qu'on tuait au-delà de la lisse était perdu. Il fallait donc être deux. Un pour tuer, un pour ramener. L'écriture qui frappe et l'écriture qui tire, accordées au quart de seconde.
Il regarda longtemps. Le duo foudre et vent. Un trio de Nerevia qui pêchait au fouet d'eau, la lanière liquide s'enroulant sur une bête grise et la fauchant vers le pont. Une fille d'Ignara qui grillait les rubans en vol, trop court, trop long, juste, et son partenaire qui cueillait la chute dans une toile tendue entre deux espars.
Son ventre gronda contre l'espar, assez fort pour couvrir le vent.
Il regarda les ombrelles violettes dériver là-haut, énormes, lentes, à portée de main pour qui pouvait aller les cueillir. Puis les bandes de bêtes grises qui remontaient du banc, rapides, basses, passant à vingt mètres du bordé.
Il se leva.
La bête grise ne le vit jamais venir.
Nox apparut au-dessus d'elle en plein ciel, à cent mètres du navire, dans le vide et dans le vent, la lance déjà sortie de l'anneau et déjà en mouvement. Une seconde de chute libre, pas davantage. Le fer entra sous la nuque et ressortit par le poitrail, et la tête partit d'un côté pendant que le corps continuait de l'autre.
Il posa deux doigts sur le flanc encore chaud.
Puis il tomba.
Le pont revint autour de lui dans un froissement de toile, planches sous les savates. Il replia la lance dans l'anneau, essuya sa main sur sa tunique, et remonta le long du bordé jusqu'au créneau désert qu'il avait repéré depuis la hune.
Il y avait quelqu'un. Un Chapitre 3 d’après le passif de Nox.
Une jeune femme se tenait appuyée de la hanche au bastingage, tournée vers lui, et elle applaudit trois fois, lentement, quand il posa le pied dans le créneau.
— Magnifique, dit-elle. Vraiment. Aller tuer soi-même à cent mètres du bord, tout seul, en pleine chute. Je n'avais jamais vu ça, et de la part d'un manchot en plus.
Elle laissa passer un temps.
— Et maintenant elle est où, ta bête ?
Dix-sept ou dix-huit ans. Grande, brune, cheveux noués bas sur la nuque, des yeux marron clair, la peau dorée d'Aera, et une silhouette à faire se retourner un pont entier : il s'était retourné, d'ailleurs, trois bancs de chasseurs plus loin, où deux garçons de Nerevia visaient nettement moins bien depuis un moment. Sa robe de voyage était coupée simple, sans un galon, dans un tissu qui valait la lance de Nox.
— Tout le monde essaie, reprit-elle en désignant le ciel du menton. Depuis une heure, mais peu arrivent à ramener la bête sur le bateau et encore moins à la cuisiner. Je te propose de faire équipe, je me chargerai de ramener la bête avec mon écriture de vent et de la cuisiner avec une écriture de feu.
Elle ouvrit une paume vide vers le bleu. Nox aperçut alors des fils blancs sur le dos de ses mains, de l'encre blanche, presque de la même teinte que sa peau, qui partaient des articulations, s'enroulaient une fois autour de chaque doigt et redescendaient au poignet en se croisant.
Nox la laissa finir. Puis il tendit la main droite au-dessus des planches, entre eux deux, et ferma le poing.
La bête grise tomba d'un mètre et s'écrasa sur le pont à trente centimètres des bottes de la jeune femme. Sa tête suivit une seconde plus tard et roula contre la lisse.
Le sang gicla sur l'ourlet de la robe hors de prix.
Elle ne recula pas. Elle baissa les yeux sur la carcasse, sur son ourlet, puis les releva, et un sourire lui traversa le visage, fier sans être content de soi.
— Aha. Pas mal.
Elle contourna la bête, s'accroupit près d'elle, et lui souleva une aile du bout d'un doigt en connaisseuse.
— Une ardoisière. Bon choix, d'ailleurs, et je serais curieuse de savoir si tu l'as choisie ou si elle passait par là.
— Elle passait par là, pourquoi ?
— Voilà. Alors tu as eu de la chance, et la chance ne te fera pas la journée. Tu vois les violettes, là-haut ? Les grosses ombrelles, qui ne fuient pas. Tout le monde les regarde depuis une heure en se disant qu'elles feraient un beau dîner. Elles gardent en fait leur poison dans la chair. Si tu étais monté chercher celle-là au lieu de celle-ci, tu serais mort avant l'aube.
Elle se redressa et essuya ses doigts l'un contre l'autre.
— Voilà pourquoi on chasse à deux. Pas seulement pour les bras.
Nox regarda la carcasse, puis la fille, puis la carcasse.
— On partage, dit-il. Moitié, moitié. Mais je veux que tu cuisines et que tu m'apprennes deux trois trucs.
Elle inclina la tête sur le côté et le regarda comme on relit une ligne.
— Ton prénom ?
— Aube.
— Enchantée, moi c'est Isaure.
Elle tira un couteau court de sa botte et s'agenouilla près de la bête.
— Bien. Premier point, et retiens-le avant tous les autres : ici, le terne nourrit, l'éclatant venge. Tout ce qui brille, chatoie, luit ou change de couleur en plein vol, on n'y touche pas. La nature ne se pare pas pour rien. Ces ombrelles-là ont mis mille ans à devenir violettes pour qu'on les laisse tranquilles, et elles y sont arrivées.
Le couteau ouvrit la membrane le long de l'attache de l'aile, sans un accroc.
— Ça c'est de la viande.
Elle décolla le muscle du poitrail d'un trait net et le retourna, sombre, dense, veiné de noir.
— Ferreuse, un peu amère, mais saine. Le poitrail et les cuisses. Le foie, tu le jettes : elles filtrent le mana des rubans qu'elles avalent et tout finit là-dedans.
Elle détacha l'aile entière et la posa à plat sur les planches.
Le feu vint de sa paume gauche.
Pas une flamme jetée : une braise tenue, ronde, de la taille d'un poing, qu'elle maintint à trois pouces au-dessus des morceaux alignés sur l'aile retournée. La graisse se mit à chanter. La chair passa du rouge sombre au brun, se rétracta sur les bords, et l'odeur monta d'un coup, épaisse, poivrée, une odeur de viande grasse et de fer chaud.
Nox ne regardait pas la viande.
Il regardait la main. Trois pouces au-dessus de la chair, sans support, sans effort, sans une hésitation. Cet élément qu’il désirait tant…
— Tiens.
Elle lui tendit un morceau au bout du couteau. Il le prit à même la lame, se brûla les doigts, et l'enfourna sans attendre.
C'était amer et filandreux et brûlant, et ce fut la meilleure chose qu'il eût mangée depuis le tournoi.
Ils mangèrent sans parler, adossés à la lisse, la carcasse ouverte entre eux. Isaure mangeait proprement, par petits morceaux, en essuyant son couteau sur un chiffon après chaque coupe. Nox arrachait à pleines dents.
Quand il eut avalé la moitié de sa part, il posa la question sans lever les yeux.
— Ton écriture de feu ou une autre. Tu l'échangerais ?
Elle s'arrêta de mâcher.
— Contre quoi ?
— Une écriture de vent. Je ne connais pas son nom. Ça envoie une rafale devant soi, un poing d'air, sur quelques pas. Une mineure. Elle appartenait à un marin, je crois qu'il s'en servait pour gonfler ses voiles.
Isaure le regarda. Puis elle reposa son morceau sur l'aile, se pencha en avant, et rit. Un vrai rire, franc, la tête en arrière, qui fit se retourner les deux garçons de Nerevia trois bancs plus loin.
— Une mineure de vent, dit-elle en reprenant son souffle. Pour gonfler des voiles. Contre du feu.
— C'est un non ?
— C'est un non très gentil. Écoute, Aube, je vais te faire une faveur : ne propose plus jamais ça à personne au-dessus de Chapitre 2, tu passerais pour un plaisantin. Ta rafale, à l'Archivum, ils s'en servent pour dépoussiérer les rayonnages.
Elle reprit son morceau.
— Cela dit, garde-la. Un jour tu croiseras un candidat de Nerevia qui aura besoin de sécher ses bottes, et tu feras une excellente affaire.
Nox souffla par le nez et laissa passer. Il finit sa part, essuya sa main sur sa tunique, et changea d'angle.
— L'intrus. Tu l'as cherché ?
— Ah oui, dit-elle. C'est vrai. J'avais oublié.
Elle se leva, tailla un morceau du poitrail, un gros, le meilleur, et partit avec sur la terrasse centrale sans une explication.
Nox la suivit des yeux.
Elle traversa le pont, monta les marches, et alla droit vers le vieux d'Aera, qui n'avait pas bougé de la soirée et parlait toujours à son livre. Elle s'accroupit devant lui, tendit la viande. Le vieux la prit à deux mains. Ils échangèrent quelques mots. Le vent emporta tout : Nox vit une bouche remuer, l'autre répondre, un ongle jaune qui désignait vaguement la proue, et le vieux qui se remettait à rire tout seul.
Isaure redescendit, revint jusqu'au créneau et se laissa retomber contre la lisse.
— C'est bon, dit-elle. Je l'ai trouvé.
Nox se redressa.
— Hein ? Déjà ? Comment tu as fait ? Et c'est qui ?
— Le vieux Chapitre 4, là-bas. Je lui ai échangé l'information contre un morceau de viande. Je crois qu'il n'avait pas la motivation d'aller chasser lui-même.
Elle se pencha vers lui et baissa la voix.
— Approche. Je vais te dire à l'oreille qui est l'intrus.
Nox approcha.
— Tu peux toujours rêver.
Puis elle éclata de rire.
Et de douze.
Nox n'avait pas lâché la Larme des yeux une seule fois. Ni pendant la chasse, ni pendant qu'il mangeait, ni pendant qu'Isaure traversait le pont pour aller parler au vieux. Douze personnes étaient montées jusqu'au berceau de bronze depuis le premier garçon de Voltara.
