Dundorma se réveillait toujours avant le soleil.
Lorsque Aren Valtheris ouvrit les yeux ce matin-là, la lumière grise de l’aube filtrait déjà à travers les volets de sa petite chambre d’auberge.
La pièce était simple.
Un lit étroit.
Une table.
Un bassin d’eau froide.
Et son équipement soigneusement posé contre le mur.
Le katana reposait dans son fourreau noir, appuyé contre la table comme un gardien silencieux.
Pendant un moment, Aren resta immobile.
Son corps était lourd.
La chasse contre l’Arzuros avait laissé des traces dans ses muscles.
Même si aucune blessure sérieuse ne marquait sa peau, la fatigue profonde d’un vrai combat était toujours présente.
Les chasseurs expérimentés disaient souvent une chose :
Les blessures les plus dangereuses étaient celles qu’on ne voyait pas.
Aren finit par se lever.
Il passa de l’eau froide sur son visage, enfila ses vêtements de voyage et attacha sa sacoche de terrain.
Avant de partir, il prit quelques secondes pour inspecter son arme.
Le katana glissa lentement hors du fourreau.
La lame était longue, légèrement courbée, et la lumière du matin glissa sur l’acier poli.
Il passa doucement la pierre à aiguiser sur le fil de la lame.
Un mouvement lent. Régulier.
Rathen lui avait appris une règle simple :
« Une arme entretenue sauve plus de vies qu’une arme brillante. »
Quand il eut terminé, Aren remit la lame dans son fourreau.
Puis il descendit vers la salle principale de l’auberge.
L’odeur de nourriture chaude remplissait déjà l’air.
Des chasseurs mangeaient en silence.
D’autres riaient bruyamment autour de grandes tables.
Les armures accrochées aux murs témoignaient des styles différents des chasseurs de la ville : cuir souple, plaques d’os, armures faites d’écailles de monstres.
Aren prit un repas simple.
Du pain chaud.
Un bol de soupe épaisse.
Et un morceau de viande grillée.
Il mangea calmement.
Puis il se leva.
La journée de travail commençait.
La Guilde était déjà animée.
Les grandes portes ouvertes laissaient entrer la lumière du matin, illuminant le hall rempli de chasseurs, de scribes et de messagers.
Les tableaux de quêtes étaient recouverts de nouveaux avis.
Certains étaient simples.
D’autres attiraient déjà des groupes de chasseurs expérimentés.
Aren s’approcha du comptoir principal.
Lyessa était déjà là.
Elle écrivait quelque chose dans un grand registre lorsque le jeune chasseur arriva.
Sans lever les yeux, elle dit :
« Tu es encore vivant. »
Aren répondit calmement :
« Pour le moment. »
Lyessa leva enfin la tête.
Un sourire amusé étira ses lèvres.
« Alors. Tu veux déjà retourner mourir dans la nature ? »
Aren posa simplement sa main sur le comptoir.
« Je cherche du travail. »
Lyessa fit glisser un paquet de papiers vers elle.
« Parfait. Parce que personne ne veut faire les missions de débutant. »
Elle commença à feuilleter les documents.
« Voyons… »
Elle en sortit trois et les posa sur le comptoir.
« Mission une : cueillette d’herbes médicinales dans la forêt de Roncebrume. »
Elle posa le second papier.
« Mission deux : élimination d’un groupe de Jaggi qui attaquent les poulaillers d’un village. »
Puis le troisième.
« Mission trois : escorte d’un marchand jusqu’au poste de guet de l’Est. »
Elle leva les yeux vers Aren.
« Bienvenue dans la vraie vie d’un chasseur. »
Aren regarda les papiers.
« Je prends les trois. »
Lyessa haussa un sourcil.
« Ambitieux. »
Elle tamponna les documents.
Le bruit sec du sceau résonna dans le hall.
« Très bien. »
Elle lui tendit les contrats.
« Mais un conseil. »
Elle posa son menton dans sa main.
« Les petites missions sont souvent celles qui tuent les chasseurs trop confiants. »
Aren prit les papiers.
« Merci du conseil. »
Lyessa sourit.
« Je veux juste éviter de devoir annoncer ta mort trop tôt. »
La forêt de Roncebrume semblait différente au matin.
La brume légère qui lui donnait son nom flottait entre les arbres anciens, enveloppant les racines géantes et les rochers moussus.
La lumière du soleil perçait à travers la canopée en longs rayons dorés.
Aren avançait calmement sur le sentier.
Aujourd’hui, il ne cherchait pas un monstre.
Il cherchait des plantes.
Cela pouvait sembler ridicule pour certains.
Mais dans le monde des chasseurs, les plantes pouvaient être aussi précieuses que les armes.
Il trouva les premières herbes médicinales près d’un petit ruisseau.
De petites feuilles vertes aux bords dentelés.
Il s’agenouilla.
Les cueillit avec soin.
Les rangea dans sa sacoche.
La forêt était silencieuse.
Mais Aren savait que le silence d’une forêt n’était jamais vide.
Des yeux observaient toujours.
Des créatures bougeaient dans les buissons.
Des insectes gigantesques passaient lentement entre les branches.
Une heure passa.
Puis deux.
Aren trouva suffisamment d’herbes pour remplir sa mission.
Mais alors qu’il se relevait…
Un cri strident déchira l’air.
Aren tourna la tête.
Un petit groupe de Jaggi surgit entre les arbres.
Les créatures étaient rapides.
Des reptiles bipèdes aux écailles bleues et aux griffes acérées.
Elles observaient Aren avec leurs yeux jaunes.
Affamées.
Aren soupira légèrement.
Puis posa sa main sur le manche de son katana.
« Mauvais moment. »
Le premier Jaggi bondit.
La lame d’Aren quitta son fourreau dans un mouvement fluide.
Un éclair d’acier traversa l’air.
Le Jaggi s’effondra avant même de toucher le sol.
Les autres reculèrent.
Hésitèrent.
Puis attaquèrent ensemble.
Aren bougea.
Ses pas étaient légers.
Précis.
Le katana traçait des arcs rapides dans l’air.
Une seconde créature tomba.
Puis une troisième.
Le dernier Jaggi s’enfuit dans les buissons.
La forêt redevint silencieuse.
Aren essuya lentement la lame avant de la rengainer.
Les petites missions restaient dangereuses.
Le village des poulaillers se trouvait à deux heures de marche de Dundorma.
C’était un endroit modeste.
Quelques maisons.
Des champs.
Et beaucoup trop de poules.
Un vieil homme attendait près de la barrière.
Lorsqu’il vit Aren arriver, il soupira de soulagement.
« Un chasseur. Enfin. »
Il désigna le champ derrière lui.
« Ces fichues créatures volent nos animaux depuis trois nuits. »
Aren observa les traces dans la terre.
Des empreintes de Jaggi.
Au moins cinq ou six.
« Ils reviennent la nuit ? »
Le vieil homme hocha la tête.
« Toujours. »
Aren réfléchit quelques secondes.
Puis dit :
« Je vais attendre. »
La nuit tomba lentement sur le petit village.
Aren était assis sur la barrière du poulailler.
Silencieux.
Le vent faisait bouger les champs autour de lui.
Et puis…
Le bruit.
Des pas rapides.
Les Jaggi sortirent de l’obscurité.
Affamés.
Le katana d’Aren chanta dans la nuit.
Le combat fut rapide.
Brutal.
Et quand tout fut terminé, les champs étaient redevenus silencieux.
Le vieil homme regarda les corps des créatures avec soulagement.
« Merci chasseur. »
Aren hocha simplement la tête.
Le troisième travail était le plus simple.
Un marchand devait atteindre le poste de guet de l’Est.
Mais les routes n’étaient jamais sûres.
Le marchand était un homme nerveux.
Il parlait sans arrêt.
« Les monstres attaquent de plus en plus les caravanes… »
« Les routes deviennent dangereuses… »
Aren marchait simplement à côté du chariot.
Observant la route.
La forêt.
Le ciel.
Les chasseurs apprenaient vite une chose :
Le danger annonçait toujours sa présence.
Et lorsqu’ils atteignirent finalement le poste de guet…
Le marchand soupira de soulagement.
« Je n’engagerai plus jamais de gardes normaux. »
Il regarda Aren.
« Les chasseurs valent chaque zenny. »
Lorsque Aren retourna à Dundorma ce soir-là, la ville brillait sous les lanternes.
Il était fatigué.
Ses bottes étaient couvertes de boue.
Sa sacoche pleine de plantes.
Et pourtant…
Un léger sourire apparaissait sur son visage.
Il commençait à comprendre.
Être chasseur ne signifiait pas seulement tuer des monstres.
C’était protéger les routes.
Aider les villages.
Comprendre la nature.
Et survivre assez longtemps pour recommencer le lendemain.
