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Chapter 3 - Chapitre III — Le Poids d’une Première Prime

Le corps du Arzuros était encore tiède lorsque Aren termina son travail.

La forêt de Roncebrume avait retrouvé son calme. Le vent passait lentement entre les racines gigantesques des arbres anciens, faisant bruire les feuilles au-dessus du cadavre du monstre.

Aren s’agenouilla près de la créature.

Le katana reposait planté dans le sol à côté de lui.

Le dépeçage demandait une patience que peu d’histoires mentionnaient. Les chasseurs n’étaient pas seulement des combattants. Ils étaient aussi des collecteurs, des observateurs, parfois même des bouchers.

Avec un petit couteau utilitaire, Aren travailla méthodiquement.

La fourrure épaisse de l’Arzuros résistait sous la lame. Les muscles du monstre étaient denses, lourds, presque aussi solides que du cuir.

Il se souvenait des mots de Rathen.

“Ne prends jamais plus que nécessaire.”

La Guilde possédait des règles strictes.

Les chasseurs n’avaient pas le droit de dépouiller entièrement un monstre. Une partie des matériaux devait être récupérée par les équipes de la Guilde afin de maintenir un équilibre dans la chasse et dans l’économie des matériaux.

Aren préleva donc seulement quelques pièces.

Trois côtes solides.

Un morceau de fourrure.

Et une griffe.

Il rangea les matériaux dans sa sacoche.

Puis il nettoya sa lame.

Quand il se releva enfin, le soleil avait déjà commencé à descendre derrière la canopée.

La forêt devenait sombre.

Et dans ces bois… la nuit appartenait à d’autres créatures.

Aren remit son katana dans son fourreau.

Et prit le chemin du retour.

Les murailles de Dundorma apparaissaient toujours impressionnantes, même après les avoir déjà franchies.

Lorsque Aren arriva aux portes, la ville baignait dans la lumière orangée du crépuscule.

Les gardes reconnurent immédiatement le jeune chasseur.

Leur regard descendit vers la sacoche tachée de sang.

L’un d’eux hocha simplement la tête.

Un chasseur qui revenait couvert de sang était un spectacle trop courant pour attirer des questions.

Aren traversa la ville.

Les rues de Dundorma semblaient encore plus animées qu’au matin.

Des marchands fermaient leurs étals. Des forgerons travaillaient encore, leurs marteaux frappant l’enclume avec un rythme régulier.

Et surtout…

Des chasseurs remplissaient les tavernes.

La chasse ne se terminait jamais vraiment avec la mort d’un monstre.

Elle se terminait seulement lorsque la prime était payée.

Aren entra dans la Guilde.

Le hall était toujours aussi bruyant.

Des cartes recouvraient les tables. Des chasseurs discutaient autour de chopes de bière. Des scribes griffonnaient des rapports de mission.

Au comptoir principal, Lyessa levait les yeux à chaque nouveau venu.

Lorsqu’elle aperçut Aren, son expression changea légèrement.

Un sourire amusé apparut.

« Oh. »

Elle croisa les bras.

« Le survivant. »

Aren posa calmement sa sacoche sur le comptoir.

« La mission est terminée. »

Lyessa ouvrit la sacoche.

Elle sortit d’abord une côte.

Puis une deuxième.

Puis une troisième.

Elle resta silencieuse quelques secondes.

Puis leva lentement les yeux.

« Trois ? »

Aren répondit simplement :

« L’Arzuros en avait plusieurs. »

Lyessa fixa les côtes.

Puis Aren.

Puis de nouveau les côtes.

Et soudain elle éclata de rire.

Un rire franc qui fit tourner quelques têtes dans la salle.

« Personne ne t’a expliqué comment ça marche ? »

Elle prit deux des côtes et les poussa vers lui.

« Les chasseurs ne prennent pas tout. »

Elle leva la troisième.

« Le reste appartient à la Guilde. »

Aren pencha légèrement la tête.

« Je pensais que c’était un souvenir. »

Lyessa déposa la côte dans une caisse derrière le comptoir.

« Ton souvenir, c’est d’être revenu entier. »

Elle attrapa ensuite un tampon et frappa un document officiel.

Le bruit sec résonna sur le bois.

Puis elle sortit une petite bourse.

Elle la fit glisser sur le comptoir.

Le tintement des pièces était lourd.

« 1200 zenny. »

Elle le regarda avec un sourire en coin.

« Ta première prime. »

Aren prit la bourse.

Le poids du métal était étrangement satisfaisant.

Lyessa l’observa un moment.

« Alors ? »

Aren releva les yeux.

« Alors quoi ? »

Elle s’appuya sur le comptoir.

« Ta première chasse. »

Un silence passa.

Puis Aren répondit calmement :

« Il frappait fort. »

Lyessa resta silencieuse une seconde.

Puis elle éclata de rire une nouvelle fois.

« Oui. »

Elle haussa les épaules.

« Ils font ça. »

Lorsque Aren ressortit de la Guilde, la nuit commençait à tomber.

Les lanternes étaient allumées dans les rues de Dundorma.

La ville ne dormait jamais vraiment.

Et pour les chasseurs, la préparation de la prochaine mission commençait toujours immédiatement.

Aren se dirigea vers le quartier des marchands.

Les chasseurs avaient besoin d’équipement constant. Potions, pièges, munitions, rations… survivre dans la nature demandait bien plus qu’une simple arme.

La première boutique qu’il visita sentait les herbes séchées.

Des dizaines de fioles étaient alignées sur les étagères.

Une vieille femme leva les yeux.

« Chasseur ? »

Aren hocha la tête.

Elle prit immédiatement une petite bouteille remplie d’un liquide vert.

« Potion de soin. »

Elle la posa sur le comptoir.

« Mélange d’herbes médicinales rares. »

Elle tapota la fiole.

« Ça accélère la guérison. »

« Les plaies se referment plus vite. »

« Les muscles récupèrent plus rapidement. »

Elle le regarda.

« Pas magique. »

« Mais très proche. »

Aren en acheta plusieurs.

Puis la vieille femme sortit un autre objet.

Une pierre plate montée sur un support.

« Pierre à aiguiser. »

Aren observa la surface rugueuse.

« Les armes des chasseurs s’émoussent vite, expliqua la vieille femme. »

« Les écailles, les carapaces, les os de monstres… tout ça use l’acier. »

Elle pointa son katana.

« Une lame mal entretenue devient inutile. »

Aren prit la pierre.

Puis il continua ses achats.

Dans une autre boutique, il acheta des rations de chasse.

Des portions compactes de viande séchée et de céréales concentrées.

Le marchand expliqua :

« Une chasse peut durer des heures. »

« Parfois des jours. »

Il leva un paquet.

« Ça maintient l’endurance. »

« Et ça évite de mourir de faim loin de la ville. »

Aren acheta aussi une petite sacoche de terrain.

Les chasseurs devaient pouvoir transporter rapidement leurs potions, outils et matériaux sans perdre de temps pendant un combat.

Une fois ses achats terminés, Aren se rendit compte qu’il avait faim.

Terriblement faim.

La chasse épuisait le corps.

Il trouva rapidement une grande auberge près du quartier des chasseurs.

L’intérieur était bruyant.

Des armures reposaient contre les murs.

Des armes gigantesques étaient posées près des tables.

La salle sentait la viande grillée et la bière.

Une serveuse s’approcha.

« Repas du chasseur ? »

Aren hocha la tête.

Elle sourit.

« Bonne réponse. »

Quelques minutes plus tard, elle déposa une assiette énorme devant lui.

Viande grillée.

Riz.

Légumes.

Et une grande chope.

« Mange. »

« Les chasseurs qui mangent peu meurent vite. »

Aren commença à manger.

Et comme tous les nouveaux chasseurs…

Il écouta.

Les conversations autour de lui parlaient presque toutes de la même chose.

Les monstres.

« Je te dis que c’était une Rathian. »

— Impossible. Trop tôt dans la saison.

Plus loin, un autre groupe parlait d’un Barroth dans les marais.

« Trois chasseurs. »

« Et ? »

« Deux sont revenus. »

Personne ne rit.

Mais une conversation plus calme attira vraiment l’attention d’Aren.

Deux chasseurs vétérans parlaient à voix basse.

« Les missions augmentent. »

« Oui. »

« Trop de monstres se déplacent ces derniers mois. »

Le premier fronça les sourcils.

« Les migrations ne commencent jamais sans raison. »

Le second regarda autour de lui avant de murmurer :

« Peut-être que quelque chose les chasse. »

Le silence tomba entre eux.

Ils se turent immédiatement.

Comme s’ils avaient dit quelque chose qu’ils n’auraient pas dû.

Aren termina son repas.

Dehors, la nuit enveloppait Dundorma.

Et quelque part dans l’immensité sauvage…

Les monstres bougeaient.

Comme s’ils fuyaient quelque chose.

Quelque chose que même la Guilde ne semblait pas encore comprendre.

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