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Chapter 48 - À nous, bande d’abrutis

Il se tenait debout au milieu des ruines.

Le vent charriait de la poussière et l'odeur du sang. Les murs effondrés formaient comme des dents cassées autour de lui. Et loin, très loin derrière, il voyait encore les silhouettes de ses amis… ou plutôt ce qu'il en restait. Recroquevillés. Immobiles. Trop petits maintenant.

Devant lui, à quelques mètres seulement, le monstre tenait Léo.

Léo, son meilleur ami depuis toujours. Celui qui riait trop fort, qui volait des bonbons dans le sac de tout le monde, qui disait toujours « on s'en sortira, bande de nazes » même quand tout partait en vrille.

Le monstre le tenait par la gorge. Pas pour le tuer tout de suite. Pour le faire durer.

Et Léo le regardait. Lui. Droit dans les yeux.

Pas de cri. Pas de supplication. Juste ce regard qui disait : « Fais quelque chose. »

Mais il ne bougeait pas.

La colère montait, brûlante, acide, prête à exploser. Il sentait ses poings se serrer, ses ongles rentrer dans ses paumes jusqu'au sang.

Et puis la tristesse est arrivée, comme une vague plus haute que la colère. Elle l'a noyé d'un coup.

Parce que Léo ne se débattait presque plus.

Parce qu'il comprenait.

Parce qu'il avait déjà pardonné.

Une larme a glissé sur la joue du protagoniste avant même qu'il s'en rende compte. Il avait peur. Tellement peur que ses jambes tremblaient. Peur du monstre. Peur de mourir. Peur surtout… de rester vivant après ça.

Le monstre a penché la tête. Un sourire déchiqueté. Et puis il a mordu.

Un bruit humide. Un craquement. Léo a eu un tout petit hoquet, presque surpris.

Et là, Samuel a hurlé.

Pas un cri de guerre. Un cri d'enfant. Un cri qui veut sa mère. Un cri qui veut que tout redevienne comme avant.

Il a regardé autour de lui.

Ils étaient tous là.

Tous.

Étendus dans la poussière. Certains les yeux ouverts vers le ciel gris. D'autres recroquevillés comme s'ils avaient voulu se cacher jusqu'à la fin.

Et puis le monde a vacillé.

Flash.

Le soleil tapait fort cet après-midi-là.

Ils étaient assis en cercle sur l'herbe jaunie derrière l'ancienne station-service. Léo racontait encore cette histoire débile de quand il avait « presque » embrassé la caissière. Tout le monde se moquait. Même lui riait tellement fort qu'il en avait mal au ventre. Sarah lui avait mis une claque sur l'épaule en disant « t'es vraiment con, mais je t'aime quand même ». Et puis ils avaient tous levé leurs canettes tièdes en criant « à nous, bande d'abrutis ! ».

Flash.

Retour aux ruines.

Le monstre lâche le corps de Léo. Il tombe comme un vêtement vide.

Le protagoniste recule. Un pas. Deux. Ses jambes ne veulent plus obéir, mais elles reculent quand même.

Il tourne la tête.

Il voit encore Sarah.

Il voit encore Noah.

Il voit encore la petite Manon qui pleurait toujours quand on la taquinait mais qui était la première à se battre pour eux.

Tous morts.

Tous.

Il se met à courir.

Il court sans regarder derrière. Les larmes brouillent tout. Il trébuche sur des gravats, s'écorche les genoux, se relève, continue.

Il entend le monstre derrière. Pas pressé. Presque amusé. Comme s'il savait qu'il n'irait nulle part.

Flash.

Soir d'été. Ils dorment tous à même le sol dans la vieille cabane. Léo ronfle. Sarah murmure dans son sommeil. Il est réveillé, il regarde le plafond troué où on voit les étoiles. Il se dit : « Si un jour ça finit mal… au moins j'aurais eu ça. » Et il sourit dans le noir.

Flash.

Il tombe.

Le monstre est là.

Il ne le touche pas tout de suite. Il le regarde haleter, pleurer, supplier sans mots.

Et puis doucement, presque tendrement, le monstre pose une griffe sur sa poitrine. Pas pour déchirer. Juste pour appuyer.

Il sent son cœur battre à tout rompre sous la griffe.

Flash.

Léo lui passe un bras autour des épaules, dehors, sous la pluie.

« Si un jour je crève avant toi, tu me venges hein ? Mais genre… classe. Genre film. »

Et ils avaient ri. Comme des idiots.

Samuel ferme les yeux.

Il murmure, la voix cassée :

« Pardon… pardon… j'ai pas pu… j'ai pas… »

Le monstre penche la tête, comme s'il écoutait vraiment.

Et puis il murmure, d'une voix qui n'aurait jamais dû exister :

« Tu n'as jamais pu. »

La griffe s'enfonce lentement.

Pas vite. Pas brutalement.

Juste assez pour que la douleur soit longue.

Assez pour qu'il ait le temps de revoir une dernière fois :

Léo qui rit aux éclats.

Sarah qui lève sa canette.

Manon qui fait semblant d'être fâchée.

Noah qui dessine n'importe quoi sur le bitume avec un caillou.

Tous vivants.

Tous ensemble.

Et puis plus rien.

Juste le vent dans les ruines.

Et un corps de plus, étendu parmi les autres.

Fin.

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