Le village s'éveillait lentement.
Les premières lueurs de l'aube glissaient sur les toits encore abîmés par la bataille récente. Les rayons du soleil traversaient la brume matinale, éclairant les ruelles pavées où quelques habitants travaillaient déjà à réparer les dégâts.
Le bruit des marteaux et des planches qu'on ajustait résonnait dans l'air calme. Par endroits, des charrettes transportaient des pierres cassées, tandis que des disciples de la Terre tentaient de stabiliser certaines maisons fragilisées.
Mais malgré cette apparente normalité…
Une tension invisible persistait.
Depuis l'incident du tournoi et l'attaque des démons, tout le monde était sur ses gardes.
Et surtout…
Le porteur du démon était toujours détenu.
La cellule
Akai était assis au sol.
La pièce était froide et sombre, éclairée seulement par une petite ouverture dans le mur de pierre. La lumière du matin passait à travers les barreaux et dessinait de longues lignes pâles sur le sol poussiéreux.
Les murs étaient épais, gravés de symboles anciens destinés à contenir les énergies instables. On sentait dans l'air une lourdeur étrange, comme si la pièce elle-même retenait son souffle.
Ses poignets étaient encore entourés des chaînes de pierre créées par le chef de la Terre.
Les gravures sur les chaînes brillaient faiblement, limitant son énergie. Chaque fois qu'il bougeait, les symboles émettaient une légère pulsation, comme pour lui rappeler qu'il n'était plus libre.
Akai fixa le sol.
La nuit avait été longue.
Très longue.
Il repensait encore aux regards dans la salle du jugement.
La peur.
La méfiance.
Et les accusations.
Il ferma les yeux.
— Super…
Il laissa sa tête tomber contre le mur derrière lui.
— Même les monstres ont sûrement une meilleure réputation que moi.
Un silence passa.
La cellule était si calme qu'on pouvait entendre le vent siffler faiblement à travers l'ouverture dans le mur.
Puis une voix résonna dans son esprit.
Calme.
Amusée.
— Pathétique.
Akai serra immédiatement les dents.
— Pas toi…
Le démon ricana.
Un rire grave, presque ancien.
— Toujours aussi faible.
Akai murmura intérieurement :
— Tais-toi.
Le démon répondit calmement :
— Tu devrais plutôt remercier ceux qui jouent avec le chaos.
Un silence.
Puis il ajouta :
— Quelque chose se prépare.
Akai fronça les sourcils.
— Qu'est-ce que tu racontes…
Mais la présence du démon se tut aussitôt, comme s'il observait quelque chose au loin.
À l'extérieur
Dans la cour du temple, les élèves s'organisaient.
Depuis la catastrophe du tournoi, les maîtres avaient décidé de réorganiser les étudiants.
Des équipes.
Des patrouilles.
Une hiérarchie temporaire pour réagir plus vite en cas d'attaque.
Au centre du groupe se tenait Morueshi.
Grand, les épaules droites, le regard sérieux, il observait les élèves rassemblés devant lui. Derrière lui, plusieurs bâtiments du temple portaient encore les traces de l'attaque précédente.
— Écoutez bien.
Les conversations cessèrent immédiatement.
Morueshi continua :
— Les perturbations d'hier ne sont pas normales.
Il croisa les bras.
— Les maîtres pensent que les démons testent nos défenses.
Un élève leva la main.
— Et… Akai ?
Un silence gêné tomba.
Certains baissèrent les yeux.
D'autres échangèrent des regards méfiants.
Morueshi répondit calmement :
— Il est toujours détenu.
Il marqua une pause.
— Et ce n'est pas à nous de juger.
Puis il reprit :
— Notre travail est simple.
Il désigna la ville derrière eux.
— Patrouiller.
— Protéger les habitants.
— Et signaler la moindre anomalie.
Plusieurs élèves acquiescèrent.
La tension était palpable, mais personne ne protesta.
Ils savaient que la situation pouvait dégénérer à tout moment.
Tsuki
Sur le toit d'un bâtiment voisin, Tsuki observait la scène.
Ses bras étaient croisés.
Son regard était dirigé vers l'entrée du bâtiment où Akai était retenu.
Il savait exactement où se trouvait la cellule.
Et il savait aussi…
Que le Conseil de la Lune attendait de lui une seule chose.
Si le démon devient incontrôlable…
Tu devras tuer Akai.
Tsuki ferma les yeux quelques secondes.
Le vent souffla doucement autour de lui, faisant vibrer les tuiles du toit.
— Tuer Akai…
Ces mots lui semblaient toujours aussi absurdes.
Il rouvrit les yeux et regarda la cour.
Morueshi donnait des ordres aux élèves, organisant les patrouilles.
Tout semblait presque normal.
Presque.
Mais Tsuki sentait autre chose.
Une tension dans l'air.
Une vibration étrange.
Comme si quelque chose approchait.
Dans l'ombre
Très loin du village.
Au sommet d'une falaise battue par le vent.
La mer s'écrasait contre les rochers en contrebas, envoyant des éclaboussures salées dans l'air.
Raijin se tenait immobile, les mains dans les poches.
Le ciel au-dessus de lui était chargé de nuages sombres.
De temps en temps, une lueur électrique traversait la masse grise.
Mais aucun tonnerre ne suivait.
Derrière lui se trouvait une silhouette.
Le Maître de la Foudre.
Son aura était oppressante.
Même le vent semblait ralentir autour de lui.
Raijin observa l'horizon.
— Alors ?
Le maître de la foudre répondit calmement :
— Les choses avancent.
Raijin esquissa un sourire.
— Le village est nerveux.
— Les barrières sont affaiblies.
— Et le démon commence à bouger.
Le maître de la foudre observa les nuages.
— Parfait.
Raijin tourna légèrement la tête.
— Tu veux qu'on attaque ?
— Non.
La réponse fut immédiate.
Le maître de la foudre continua :
— Pas encore.
Il leva légèrement la main.
Un éclair silencieux traversa les nuages.
— Nous allons tester leurs réactions.
Raijin ricana.
— Un petit chaos ?
— Exactement.
Le regard du maître de la foudre devint plus sombre.
— Le démon réagit à la violence.
— À la peur.
— À la destruction.
Raijin comprit immédiatement.
— Donc si on crée suffisamment de chaos…
Le maître de la foudre termina :
— Il perdra le contrôle.
Un sourire lent apparut sur le visage de Raijin.
La première perturbation
Dans le village…
Quelque chose changea.
Au début, ce fut presque imperceptible.
Les chiens commencèrent à aboyer sans raison.
Des oiseaux s'envolèrent brusquement des toits.
Une tension étrange parcourut l'air.
Puis une lanterne explosa soudainement dans une ruelle.
Un cri retentit.
Un marchand recula brusquement lorsque son étal se renversa tout seul.
— Qu'est-ce que… ?
Plus loin, un chat hérissé fixa un coin sombre de la rue avant de fuir à toute vitesse.
Les perturbations se multipliaient.
Comme si une force invisible parcourait les rues.
Dans la cellule
Akai releva brusquement la tête.
Son cœur battait plus vite.
La pression dans sa poitrine augmentait.
Les chaînes autour de ses poignets vibrèrent légèrement.
La voix du démon réapparut.
— Tu le sens ?
Akai serra les dents.
— Ce n'est pas moi…
Le démon ricana doucement.
— Bien sûr que non.
Un court silence passa.
Puis il murmura :
— Mais le chaos… me réveille.
Akai ferma les yeux.
Au-dessus de lui, le vent souffla plus fort contre les murs du temple.
Et quelque part, au-delà du village…
Quelqu'un observait.
Le jeu venait de commencer...
