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Chapter 27 - le vrai GRÉY

Elena faisait face à la foule.

Pas seulement des journalistes alignés derrière leurs micros, leurs caméras braquées comme des armes.

Mais surtout des familles. Des mères, des pères, des frères, des sœurs. Des visages creusés par les nuits sans sommeil, par les anniversaires passés sans bougies, par les chambres d'enfants restées intactes trop longtemps.

L'air sentait le métal chaud des projecteurs et la pluie récente sur le bitume.

Les flashes crépitaient, blancs, violents, aveuglants. Pourtant, Elena ne voyait presque rien de tout ça.

Ses yeux glissaient au-dessus des caméras pour s'arrêter sur les regards. Ceux qui suppliaient. Ceux qui accusaient. Ceux qui espéraient encore, malgré tout.

Des mains tremblaient dans la foule.

Certaines serraient des photos plastifiées, d'autres des foulards noirs, d'autres encore… rien. Juste du vide entre les doigts.

Toujours ce même jour.

Dans un immeuble aux murs jaunis par le temps et la fumée, Zarah était assise face à un téléviseur posé sur un meuble bancal. L'écran diffusait le communiqué en direct. Le son était légèrement saturé, un grésillement discret accompagnait chaque mot.

Elle regardait, immobile.

Puis quelque chose se brisa dans son regard.

Un pli se forma entre ses sourcils.

Elle inspira lentement, comme si l'air lui manquait soudain.

Zarah se leva.

Le parquet craqua sous ses pas. Elle attrapa la télécommande, appuya sur le bouton.

L'écran devint noir.

Le silence s'abattit dans la pièce, lourd, presque insultant.

Elle ne voulait pas regarder ce discours seule.

Pas alors que d'autres en avaient désespérément besoin.

Elle attrapa son manteau, passa la main sur la poignée froide de la porte, puis sortit.

---

L'appartement d'Amanda et Emma était déjà plein.

Trop plein.

Des corps serrés, des manteaux humides suspendus à la hâte, des chaussures alignées n'importe comment près de l'entrée. L'odeur du café froid se mêlait à celle du tabac, de la sueur et d'un vieux parfum floral accroché aux rideaux.

Sur les murs, des affiches.

Des visages.

Des noms écrits en majuscules.

Des dates entourées de rouge.

Des manifestants étaient là. Tous avaient décidé de regarder ce communiqué ensemble, avec Amanda et Emma — figures centrales de ce combat depuis un an. Un an de cris étouffés, de marches silencieuses, de lettres ignorées.

La tension était palpable.

On l'entendait dans les respirations courtes.

On la voyait dans les mâchoires serrées, dans les mains crispées autour des gobelets en plastique.

Pour Emma, cette journée était une preuve.

Une preuve que leur combat n'avait pas été totalement vain.

Soudain, la sonnette retentit.

Un son sec, presque agressif.

— « Quelqu'un sonne à la porte ! » lança Bernard, la voix déjà usée par trop de discours.

— « C'est sûrement un autre manifestant », répondit Amanda sans quitter l'écran des yeux.

Elle se fraya un chemin entre les corps, s'excusant à voix basse, frôlant des épaules, évitant des sacs posés au sol. Elle ouvrit la porte.

Zarah se tenait là.

— « Bonsoir, Amanda », dit-elle doucement.

— « Bonsoir, enquêtrice… vous voulez quelque chose ? » demanda Amanda, surprise, méfiante malgré elle.

— « Non… » Zarah hésita une fraction de seconde.

« Je savais à quel point ce discours est important pour Emma… et pour vous. Je me suis dit que je pourrais le regarder avec vous. »

— « Ah… d'accord », répondit Amanda, prise de court.

Zarah esquissa un pas en arrière.

— « Mais ce n'est pas grave. Vous semblez occupés. Je peux repartir, ce sera mieux. »

Avant qu'elle ne le fasse, une voix s'éleva depuis le salon :

— « Amanda, ça a déjà commencé, tu viens ? »

C'était Emma.

Zarah se tourna pour partir, mais Amanda posa une main sur son bras.

— « Reste. »

---

Dans la pièce, les regards se croisèrent.

Certains jaugeaient Zarah.

D'autres détournaient les yeux.

— « Toujours pareil… » marmonna Bernard en croisant les bras.

« Des promesses. Encore des promesses. Et aucun résultat. »

Sa voix tremblait, non de colère, mais d'usure.

— « Peut-être que cette fois ce sera différent », osa Zarah.

« Elena est une femme de principes. Elle se donnera corps et âme pour rendre justice. »

Bernard se tourna vers elle lentement.

— « Comment tu peux en être sûre ? »

Sa voix se brisa.

« Tu n'as pas vécu ce que nous avons vécu. »

Une larme glissa le long de sa joue, s'écrasant sur sa barbe grisonnante.

— « On ne rendra jamais justice… » continua-t-il.

« Mon enfant… je ne l'ai jamais enterré. Ils ont dit qu'il ne restait que des morceaux. »

Un silence brutal envahit la pièce.

Même le téléviseur semblait murmurer plus doucement.

Personne n'osa parler.

Les affiches sur les murs semblaient observer la scène, témoins muets d'une douleur impossible à réparer.

Zarah baissa les yeux.

— « Je suis désolée… » murmura-t-elle.

« Je ne voulais pas raviver ces moments sombres. »

Mais ils étaient déjà là.

Toujours là.

Et c'est comme ça que cette journée c'est terminé pendant que moi j'étais en train de me faire agressé chez moi et après ont dit que c'est moi le monstre.

Donc de retour aux événements présent.

Je n'avais pas quitté cette chambre depuis des heures.

Allongé là, sous une lumière trop blanche, trop propre, je regardais les infirmiers défiler comme des silhouettes sans visages. Ils entraient, sortaient, parlaient bas, griffonnaient sur des tablettes. Ils vivaient. Moi, j'attendais.

Je voulais rentrer chez moi.

Mais une infirmière m'avait arrêté avant même que je pose un pied hors du lit.

Elle avait parlé de batte. De choc à la tête. De scanners. De risques invisibles.

Selon elle, on ne plaisantait pas avec ce genre de blessure.

— « Il faut attendre les résultats. Juste pour être sûr. »

Être sûr de quoi ?

Que je n'étais pas déjà foutu ?

J'ai détesté cette phrase.

Parce qu'attendre, pour moi, c'était laisser le temps faire son œuvre.

Et le temps, lui, travaillait toujours contre moi.

Chaque minute qui passait était une minute offerte à ma putain de mère.

Une minute de plus pour qu'elle parle.

Une minute de plus pour qu'elle raconte des horreurs sur moi.

Une minute de plus pour qu'elle retourne les gens.

Je devais la trouver.

Je devais l'éliminer.

Maintenant.

La télévision tournait en boucle. Rediffusions du communiqué du S.H.A.R.D. Émissions sans âme.

Du bruit pour combler le silence.

Mais à l'intérieur, ça hurlait.

J'étais en colère.

Une colère lourde, sale, étouffante.

J'avais essayé.

Vraiment essayé.

Pendant quelques chapitres, pendant quelques épisodes de ma vie, j'avais tenté d'être une bonne personne.

Comme si ça pouvait suffire.

Comme si ça pouvait me sauver. En vrai je ne voulais pas me sauver, juste montrer que je peut arrêter quand je veux mais maintenant c'était l'heure. Votre tueur bien aimé est de retour...

Depuis que j'avais décidé de « changer », je n'avais fait que déplacer la violence.

Je ne déchiquetais plus les autres.

Alors je m'étais déchiqueté moi-même.

Des petites blessures.

Rien de grave.

Juste assez pour sentir quelque chose.

Juste assez pour ne pas exploser.

Mais aujourd'hui, ce n'était plus suffisant.

Je voulais tuer.

Et ce désir était encore plus fort depuis que je savais qui était devenu mon ennemi.

Quelqu'un qui connaissait mon monde.

Quelqu'un qui avait osé entrer chez moi.

Quelqu'un qui, à l'instant même, fouillait peut-être ma maison.

Et j'avais peur.

Pas une peur faible.

Une peur lucide.

Peur de mourir.

Peur de m'arrêter.

Mais surtout… peur de ce que j'étais devenu capable de faire maintenant que tout était clair.

Je me suis levé.

J'ai marché.

Deux tours dans la chambre d'hôpital.

Puis ils sont arrivés.

Les résultats.

Je n'ai pas attendu qu'on me les explique.

Je n'ai pas cherché à comprendre.

J'ai décidé de fuir.

J'ai attrapé mon sac.

J'ai ouvert la porte.

J'ai marché calmement dans les couloirs, comme si j'avais le droit d'être là.

Des internes riaient plus loin.

Une journée normale.

Une nuit normale.

Pour eux.

Dehors, l'air m'a frappé au visage.

J'étais libre.

Un peu nu.

Sans chaussures.

Sans plan.

Mais je savais une chose :

Je devais retourner voir ma mère.

Il fallait récupérer des affaires.

Il fallait récupérer des armes.

Il fallait penser vite.

Créer un plan.

Maintenant.

Et c'est là que je l'ai vue.

Fallone.

Devant l'hôpital.

Avec des membres de son église.

Des sourires.

Des regards pleins de compassion.

Comme s'ils venaient me souhaiter un joyeux rétablissement.

Je n'avais pas le temps.

Elle parlait.

Demandait comment j'allais.

Essayait de comprendre ce qui m'était arrivé.

Essayait surtout de comprendre ma responsabilité.

Je répondais vaguement.

Des phrases vides.

Des mots sans poids.

Je voulais juste partir.

Me débarrasser de tout ça.

De leurs regards.

De leur pitié.

Ma mère, elle, n'attendrait pas.

Elle allait parler.

Dire sa vérité au monde.

Et ça…

On ne pouvait pas la laisser faire.

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